Printemps de Bourges: le Samedi

Scènes de vie un Samedi à Bourges. D’un côté; familles, glaces à l’italienne, poussettes et divers ustensiles pour s’assurer que bébé a le cul bien propre. De l’autre; de jeunes gens, bière à la main et tente dans le dos, qui viennent prendre leurs quartiers, là où il y aura de la place, pour profiter de l’orgie programmée le soir même et dont le nom est à lui seul un programme: rock’n beat Party.

James Blake

D’ici quelques siècles, on en parlera sûrement comme d’un crooner du début des années 2000 mais, pour l’heure, sa musique évoque plutôt une rencontre, réussie, entre culture dubstep et songwriting de piano-bar. L’anglais James Blake présentait hier soir son album éponyme sorti il y a quelques semaines. En plus d’avoir déjà digéré toutes les déviances des musiques électroniques, l’artiste ne cède pas à la facilité sur scène. Accidents synthétiques, voix doublée puis rééchantillonnée, ellipses rythmiques; un set qu’on aurait pu penser piloté par des ordinateurs est construit « live » à partir de deux synthétiseurs, de pédales et de deux musiciens (batterie électronique et guitare) qui exhaustent la signature mélodique de l’ensemble. Le résultat est bluffant et supérieur à ce qu’on peut entendre sur disque: l’artiste anglais n’a que 22 ans mais semble déjà avoir pris un demi-siècle d’avance sur nos habitudes musicales.

James Blake

 

Lumières rouges, visage baissé et caché sous une capuche; Taylor Kirk, voix et âme du groupe Timber Timbre, proposait ensuite une ballade dans les forêts hantées qui peuplent son imaginaire. Entre folk et blues, mise en musique par une chaleur de son d’un autre temps, son écriture évoque la partie sombre d’un conte de fées; un endroit où le mal, sans sembler malveillant, s’immisce discrètement. Possédé et envoûtant.

Agnes Obel

Agnes Obel, au piano et au chant, clôturait la soirée proposée à l’auditorium et était sobrement accompagnée d’une violoncelliste. Les deux instruments se marient et habillent la voix de l’artiste, entre mélodies enfantines et nostalgie de jeune adulte, confirmant la bonne impression qui se dégage de l’album « Philharmonics ».

Agnes Obel

Il est un peu plus de 21h et de fortes vapeurs d’alcool se dégagent déjà de la fameuse rock’n beat Party. The Bewitched Hands, à l’époque où on les appelait encore The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads, jouait dans une des (petites) salles du 22 et était estampillé du cachet « découverte du printemps de Bourges ». C’était il y a deux ans. Aujourd’hui, ils jouent sur une scène, encore un peu grande pour eux, devant un public fourni composé pour une part d’adeptes et pour une autre part de post-adolescents bien farcis. Guitares et constructions chorales qui évoquent les Beach Boys; les six rennais retranscrivent proprement les morceaux de leur récent album  Birds and Drums, tout de pop, de soleil et de nanas. Darlidarladada.

The Bewitched Hands

Les anglais de Metronomy leur succèdent et tricotent, eux aussi proprement, leur pop rétro vintage tendance hype des beaux quartiers. Certains titres sont bien ciselés mais l’ensemble est redondant. Un célèbre hebdomadaire musical, réputé peu enclin à la corruption, faisait de leur album récemment sorti le disque pop de l’année 2011. Vivement 2012.

Minuit, la température baisse dehors mais monte sacrément à l’intérieur: après que les deux mc’s de Beat Torrent aient donné dans le 2many djisme à prix discount (à base de classiques un peu défraîchis: « Song 2 » de Blur, « Smell like teen spirit » de Nirvana….), la programmation se muscle progressivement. Ratatat, aidé par un show vidéo assez impressionnant, profite de l’occasion pour tester un nouveau dispositif de destruction de tympans à base de beats, de synthés et de guitares. Les deux de Cassius jouent aux papas bienveillants: mix propre, remuant sans être usant et accessible sans être consensuel avant que Paul Kalkbrenner ne serve un sucré-salé de techno aux quelques survivants: sucré pour les nappes de synthé et salé pour les kicks destructeurs.

Ratatat

Sinon Blitz The Ambassador a retourné le 22 et c’était cool.

 

Ps: les photos non créditées sont de moi. Copyleft et gros bisous.

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