Grizzly Bear – Veckatimest

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Retour quelques mois en arrière. Radiohead finit sa tournée nord-américaine et l’impensable, pour un fan et/ou connaisseur du groupe, se produit: Johnny Greenwood le guitariste / multi-intrumentiste du groupe s’approche de l’un des micros disposés sur scène et prononce quelques mots. Pour qui connaît le bonhomme, grand timide systématiquement caché derrière ses cheveux ou sous sa capuche, le moment est rare et donc précieux. Ces quelques mots, il les réserve aux musiciens de Grizzly Bear qui assurent la première partie du groupe tout au long de ce périple nord-américain. D’une phrase courte, il les remercie et les félicite pour leurs concerts. Thom Yorke, chanteur et leader naturel du groupe, profite du moment pour se moquer de son guitariste: « Johnny parle! ». Plus tard, Johnny Greenwood expliquera s’être parfois fondu dans la foule, caché par sa capuche et des lunettes de soleil pour assister à leurs performances.

Quelques mois s’écoulent, j’oublie l’anecdote avant que la sortie de leur troisième album ne me la rappelle: c’est le point de départ de mon histoire avec Grizzly Bear. Cet album, sorti en France au début du mois de Juin, est fascinant: sous une enveloppe irrésistiblement pop, les membres du groupe y convoquent successivement guitares folk, pianos neurasthéniques et choeurs habités (l’incroyable introduction « Southern Point »).

On dit souvent d’un groupe qu’il est bon lorsqu’il sait masquer la complexité de sa musique et lui donner une apparence simple. Excellent exemple, le second morceau de l’album (« Two Weeks ») qui superpose à trois accords type Supertramp des harmonies vocales qui évoquent les Beach Boys et un mille-feuilles rythmique surprenant.

Ribambelle d’ambiances: ça sent parfois le froid ou le bitume humide (« Fine for now »), les fins de nuit et le jet lag qui va avec (l’enchaînement « Cheerleader » / « Dory »), cela ressemble tantôt à des éloges funèbres où s’invitent les orgues déchus des Doors (« Ready, able »), tantôt à des contes dont les fées, écrasées par la violence des instruments qui se déploie devant elles, crient leur mal de vivre (« I live with you »).
Une quarantaine de minutes s’écoule avant que n’arrive déjà le dernier morceau de l’album (« Foreground »), piano-voix simple et épuré que les fées reviennent finalement habiter, comme apaisées par des arrangements feutrés.

Album à la fois malade et apaisé, « Veckatimest » contribue à réhabiliter un style de musique fourre-tout souvent sali par les mass médias musicaux et leurs programmations ineptes. Grizzly Bear fait du bien à la pop et s’inscrit dans la lignée des grands défricheurs. On ne sait pas tout à fait ce dont il s’agit ( pop de labo, pop universitaire, free-pop ?) mais on sait en tout cas que cela prolonge un travail initié par Radiohead il y a 15 ans. Et rappelle même aux cinq d’Oxford qu’ils ne sont peut-être plus à la pointe dans ce domaine… A écouter très vite en tout cas.