Bourges, acte 3: le Vendredi

Tunng.

  • Qu’on se le dise, John Butler est un demi dieu à Bourges. Il promène son yukulélé partout, serre la main de tout le monde, raconte aux gars de Midlake que ça lui fait vraiment plaisir de les voir, discute avec les arbres, ordonne au soleil de se fixer sur son visage lorsqu’il enregistre une performance guitare-voix en plein air pour une télé et, mieux, demande à l’auron (petite rivière qui sépare la scène du Phénix de l’espace professionnel) de s’écarter pour qu’il puisse passer.

 

John "God" Butler

 
  •  Plus tard dans la soirée, il se présente sur scène genre super production funky-hollywoodienne: énorme solo sur le morceau Ocean pour commencer, ses musiciens qui le rejoignent, enchaînement des morceaux les plus connus, ambiance plage de sable chaud, le batteur tape sa phase solo, demande au public de participer. Il faut dire « oh oh oh » puis « oh ou ah ». Après c’est « ou ou ou ouap ouap » puis « ou dim dim ou dim ». C’est cool, ça sent bon le chichi et les cocotiers, les gens sont contents et il faut avouer que c’est prenant. Bien joué.

 

  • Le printemps a le privilège de présenter The Fitzcarraldo sessions, projet musical construit autour des musiciens de Jack The Ripper et de voix invitées (Stuart Staples des Tindersticks, Joey Burns de Calexico, Craig Walker, Phoebee Killdeer, Moriarty, Dominique A, Syd Matters et quelques autres…). La richesse du casting explique pourquoi c’est un privilège: concilier tous les agendas est compliqué et jusqu’à maintenant seuls deux concerts ont été donnés (aux Francofolies l’été dernier et au Bataclan cet hiver). Excellent moment, on en reparlera très vite puisque Thierry et Hervé Mazurel, les deux têtes pesantes du groupe, ont accepté de répondre à nos questions et d’expliquer comment le projet avait pris racine sur les cendres du quatrième album de Jack The Ripper.

 

  • L’auditorium présentait hier un très beau plateau. Premier sur la liste, chapelier fou, étiqueté « découvertes du printemps » il y a deux ans, revenait présenter le travail accompli depuis. Seul sur scène, jouant des sampleurs, il compose des boucles au violon, à la guitare et au synthé qu’il s’amuse ensuite à superposer les unes aux autres. Les mélodies et les ambiances évoquent Yann Tiersen et le travail des grands machinistes hip-hop (DJ shadow et consorts). Très chouette mélange à découvrir.

 

Chapelier Fou

  • Suivait la formation britannique Tunng qui présentait son nouvel album …And then we saw land. Folk expérimental, comptines pop légères parsemées de légers relents électro et colorées par le travail du percussioniste dont on dirait qu’il a dévalisé la chambre de son fils pour composer son poste de travail. L’auteur de ces lignes, appréciant beaucoup les compositions du groupe, ne pourra en dire de mal. Il dira même qu’il a passé un très bon moment tout en comprenant que l’endormissement ait parfois guetté certains (le chanteur l’a d’ailleurs également compris. Sa réaction: guitare électrique, lunettes qui tuent et solo….Voir photo).

  • Enfin Midlake. Les sept texans s’échappent un instant de leur bulle et de leurs rêveries pour présenter le bijou The courage of others sorti cet hiver. Ce sont les ex-Jack The ripper, rencontrés dans la journée, qui en parlent le mieux: un album aux harmonies riches et immédiates dont on pressent qu’il restera longtemps sur la platine. Sur scène, c’est d’abord une collection de guitares et de flûtes traversières qui se répondent les uns aux autres. C’est ensuite une leçon de classe: dégageant à la fois une impression de puissance et de sobriété, les américains sont impressionnants.

 

 

Midlake

  

  • Programmation nocturne des salles du 22 pour terminer. Découverte de BLK JKS (à prononcer Black Jacks), quatre sud-africains dans une transe afro-dub très exigeante (la salle finira quasiment vide).
    (Re)découverte ensuite de l’afro « los angeles » beat des américains de Fool’s Gold: riffs entêtants, choeurs shamanes et bonne humeur (contagieuse) pour terminer la soirée.

 

Fool's Gold

  • Pour être complet, il aurait fallu, à un moment ou à autre, parler des rues de Bourges et des concerts improvisés ici et là: un jazz band croisé tard dans la nuit qui s’adapte à son public et transforme sa performance en transe drum’n bass, une compagnie de théâtre qui « françise » des chansons anglo-saxonnes, Michaël Jackson et le Jean de Billie s’en retrouvant tout délavé, les quelques batucadas collectives improvisées…Bourges dans la rue, c’est aussi un festival.

 

  • Et au fait, pour ceux qui suivent, raté pour les pronostics, aucune formule croustillante à se mettre sous la dent aujourd’hui, la presse locale est ce matin revenue à plus de sobriété…