Sauce Andalouse, boue et musique(s) électroniques: Dour 2011

Dour, petit village wallon, a décidé de lutter, semble t-il avec efficacité, contre le rallongement de la durée de vie moyenne. Aucune étude n’a pu étayer ces faits mais il se murmure, dans les grands salons bruxellois, qu’une journée à Dour correspond à environ six mois en moins de vie en bonne santé. Traduction politique: six mois de retraite en moins par festivalier. A l’heure où l’on moque l’ingouvernabilité de la Belgique, il serait de bon ton de prendre exemple sur un pays qui a résolu le problème de ses retraites sans passer par la case impopularité. Tentative de résumé.

Au début donc, il y a la boue. Sans que l’on sache très bien qui de nos pieds ou de nos cerveaux modifie sa perception, le sol présente une étrange texture, guimauve de boue et d’eau de pluie. Il est 16h. L’auteur de ces lignes, grimé en jeune, arrive sur les lieux. Bondour tout le monde. Apéritif et consignes pour le long week-end de festival qui commence. Ne pas perdre le pdf de la prog. Partager quelques boisson énergisantes. Tester quelques vannes. Repérer la position de sa tente dans le grand fourre-tout du camping (35 000 personnes, record d’europe qu’ils disent). Respirer une dernière fois. Les voix s’élèvent doucement. Les tireuses de bière se réveillent. Il est 18h, le jour se lève à Dour.

Sur le site du festival, Ice Cube ouvre une longue soirée et n’évite pas l’écueil dans lequel tombent beaucoup de ceux qui capitalisent sur leur nom plutôt que sur leur créativité. Le MC bafouille de longs monologues égotrippés, son dj envoie des instrumentaux mal égalisés mais quelques classiques servent heureusement de filet de sécurité. Rayon hip-hop, le week-end est dense et la situation contrastée. Si certains s’enfoncent dans la jurisprudence rentière d’Ice Cube (Cypress Hill, House Of Pain …), d’autres présentent des prestations plus abouties: les vieux routards de Public Enemy ont fait le déplacement avec leurs musiciens et un nouveau type d’intermittents du spectacle: les vigiles-danseurs (qui croisent les bras, qui décroisent les bras, qui font des demi-tours sur eux-mêmes en gardant toujours un oeil sur les membres du groupe. Fort.). Le concert est prenant, le rendu sonore plus que correct, le flow suit toujours et c’est un soulagement de voir une prestation hip-hop à la fois propre et rythmiquement juste.

Mais il y avait encore mieux et, sans hésitation, le prix d’interprétation hip-hop sera remis à Dose One, présent le Samedi avec la formation 13&god, rencontre des musiciens de The Notwist (électro-pop-rock) et de Themselves (abstrakt hip-hop ). Entre humour fin du monde et diction genre pinson sous acide; il tisse de sa voix une poésie de l’absurde où les non-dits sont, en fait, de grands bavards qui ne veulent pas donner leurs noms. Derrière lui, les univers de deux groupes s’équilibrent mutuellement: la musique de The Notwist gagne en agressivité et celle de Themselves s’adoucit sur des récifs moins abrupts qu’à l’accoutumée. Captivant.

Dose One © lisemai

Le reggaeman est par définition une espèce qui se nourrit de soleil et de ganja. Banco pour la ganja, la Hollande n’est pas loin. Par contre pas de chance pour le soleil, cette année à Dour, Jah porte un k-way et des bottes. Parmi les invités, Groundation joue le Samedi son tribute à Bob Marley. Harrison Stafford, la voix du groupe, commence par annoncer que le dit Bob est ici, parmi les festivaliers. Coup d’oeil sur l’assistance: des k-way, des panchos et des bottes. Ou bien ce mec se fout de notre gueule ou bien Bob cache bien son jeu. Retour du groupe le lendemain, cette fois présenter sa musique et ses compositions. A l’image du récent album  « Here I Am », le groupe jongle entre thèmes reggae et improvisations jazz. Entraîné par les gimmicks et la présence vocale d’Harrison Stafford, la formation propose un set musical, rythmé et plaisant.

Rayon reggae, on retrouve malheureusement le même phénomène de rente que dans le hip-hop: Israël Vibration tourne toujours sur une jambe, Horace Andy profite de l’heure de l’apéritif pour faire passer la pilule et quelques autres essaient de se faire une place au soleil (Anthony B, Tarrus Riley) sans jamais le trouver. Etonnament, c’est à trois heures du matin que celui-ci sera finalement retrouvé avec l’anniversaire, en musique, du label dub On U Sound. Créé il y a 30 ans par Adrian Sherwood, le label a invité certains des artistes qui ont croisé sa route. C’est l’occasion d’entendre et de revoir Omar Perry ou Ghetto Priest d’Asian Dub Foundation. Deux heures de mix Reggae, Dub, Drum n’bass et Jungle, le grand écart permanent en terme de pas de danse (reggae lancinant ou drum n’bass hallucinée), un sacré enthousiasme sur scène et un public très réceptif. L’un des grands moments du festival.

Au petit matin du deuxième jour, on prend conscience que le soleil joue avec nos nerfs. Jusqu’ici aux abonnés absents, il dégaine, à 9h30, un rayon qui fait passer la température des tentes de 10 à 55°C. Panique au camping: un festivalier se réveille affolé, en réveille un second qui dans un cri de colère en réveille un troisième qui, au travers d’onomatopées diverses et variées, en réveille d’autres dont fait évidemment partie l’auteur de ces lignes. Il est 10h, la nuit a duré 3h et sans pousser mémé dans les bégonias, il apparaît d’ors et déjà clair que la journée sera difficile. Face à l’épreuve, on lutte comme on peut: café, dodo sur l’herbe mouillée ou, pour les plus affûtés, apéritif corsé. Au loin, les balances des différentes scènes commencent.

Il y a un paquet de raisons d’être à Dour mais l’une des principales est sûrement la propension du festival à se transformer en gigantesque usine à teuf à partir d’une certaine heure. Une fois la nuit tombée, le festival montre son vrai visage: lunettes de soleil, bras en l’air et tout le monde copain avec tout le monde. C’est le moment où un consensus entre wallons et flamands semble enfin se dégager: plus on en prendra dans les tympans, mieux ce sera. A ce jeu, les djs présents s’en tirent plus ou moins bien: Sascha Funke et Ellen Allien dans le registre minimale berlinoise, Claude VonStroke dans le registre house de Detroit, Vitalic dans le registre set de merde, Rusko dans le registre DubStep tendance gros lourdeau….Il convient à ce sujet de remettre les pendules à l’heure. Si ce qu’on appelle dub step voit éclore toute une école d’artistes, en majorité anglais, qui le traduisent avant tout par une texture de son nouvelle et très travaillée (Burial, James Blake et compagnie…); il est également un prétexte, sous sa déclinaison UK garage, à formater les sets et les musiques proposées. Basses saturées et compactées, partitions rythmiques hip-hop ralenties: le djing à prix discount, malheureusement trop servi durant ce week-end.

Il est tard, il pleut toujours, des combats de boue s’improvisent et les choses sérieuses commencent. Accompagné de Dorian Concept aux claviers et Richard Spaven à la batterie, Flying Lotus confirme son statut de favori pour le prix d’interprétation électro. En plus d’avoir fourni, avec Cosmogramma, un album passionnant de métissages musicaux; il présente ses compositions « live » redécoupées à l’aide des deux musiciens. Le résultat est prenant: aux véhémences jazz de l’artiste s’ajoute un travail de redécoupage rythmique, d’habitude réservé aux machines, qui exhauste les compositions.

Flying Lotus © Simon Grossi – www.simongrossi.com

Si Flying Lotus s’éloigne de plus en plus des compositions abstrakt hip-hop de ses débuts, d’autres se les réapproprient. Exemple avec Nosaj Thing, bidouilleur électronique, qui, à base de découpages de nappes de synthétiseurs et de voix, construit un univers que son récent album n’illustre malheureusement que partiellement.

Et puis il fallait bien un grand monsieur, quoi qu’un peu rouillé sur scène, pour une démonstration nocturne de turnabilism. Cut Chemist, vieux compagnon de route de Jurassic 5, a fait chauffer les platines et les vidéos (monsieur scratche également les vidéos) pour clôre le monumental plateau proposé dans la nuit de Samedi à Dimanche (Nosaj Thing / Flying Lotus / The Gaslamp Killer / Cut Chemist).

Au petit matin du troisième jour, ça pique. Pas fair play du tout, le soleil lâche deux, trois rayons destructeurs. On se prend à imaginer, les yeux mi-clos, que de là-haut il s’amuse des tentes qui s’ouvrent les unes après les autres et des visages décomposés qui en sortent. Le voisin me demande si ça va. Il me parle de son herbe et de Snoop Dogg. Une voisine se joint à la conversation. Elle a perdu son mec dans le camping. Rire et puis se taire. Lutter en silence. Rester digne.

Les concerts de l’après-midi permettent de retrouver un semblant de pêche: Fool’s Gold organise une chouette rencontre entre afro-beat et spiritualité post-beatnick, The Bewitched Hands propose un cocktail pop de choeurs tendance Beach Boys, Architecture In Helsinki et Metronomy recyclent les cadavres synthétiques des années 80 pour en soutirer une pop rétro-vintage tendance beaux quartiers. Un peu plus tard dans la journée, les deux soeurs de Cocorosie prennent le risque de nous endormir en configuration réduite: un pianiste et une beatboxeuse. Mais la relecture de leur répertoire s’avère au final intelligente et prenante.

La nuit tombe et c’est Shantel et son Bucovina Orchestra qui réveille enfin le festival. Folklore balkanique et fanfare survitaminée pour retrouver un peu d’énergie. Sous un autre chapiteau, Kaly Live Dub puis High Tone proposent des séances de taï-chi à base de basses et de riffs hypnotiques. Derniers mouvements, derniers efforts, dernières discussions improbables. Et puis, pour terminer en beauté, le concert hallucinant de Bonaparte, entre représentation costumée et rock’n roll aux hormones. Musiciens en costumes sur scène, un chef d’orchestre à tête de girafe, un bébé d’un mètre quatre-vingt franchement flippant, des danseuses bodypeinturlurées des pieds à la tête. Après un week-end de festival, le tout paraît délicieusement surréaliste. On jurerait que du côté des programmateurs le choix n’est pas innocent. Bravo.

Et puis il y a le matin du quatrième jour. Celui où il faut replier. Le soleil, égal à lui-même, a déserté les lieux et laisse la pluie arroser les campeurs. Dour version bidonville: tentes et duvets abandonnés, déchets alimentaires, boue… On replie les tentes. On ferme les sacs. On s’engueule une dernière fois. Histoire de. On marche une dernière fois dans la boue. Jusqu’à la voiture. On retente l’engueulade sans vraiment y croire. Le moteur de la voiture démarre. C’est l’heure de partir. On s’éloigne de Dour, petit village wallon devenu centre du monde pendant 4 jours. Village qui va retrouver l’anonymat. Jusqu’à l’année prochaine.

Crédits photos ambiance, en vrac:

matthieu borrego (www.matthieu-borrego.book.fr)

Iphotography (http://Ifo.halleux.overblog.com)

loyce.T (http://url.exen.fr/loyce)

2 Réponses à “Sauce Andalouse, boue et musique(s) électroniques: Dour 2011”

  1. de9hanchement timide ouais ouais les feills e9taient bonnes et e0 mon avis les mecs devaient se dire on est mieux le0 qu’en prison enfin e0 vous lire c’e9tait pas vraiment jail house rock avec elvis the pelvis, mais c’est bien d’avoir pousse9 la porte pour y voir un peu d’humanite9 tranquille dompte9e

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