Chroniques liégeoises (2)

Q-Tip

Q-Tip

Au palmarès des boulets d’or, ceux qui pensaient hier pouvoir l’emporter (Yo Majesty et Kid Cudi) se sont vus rappeler leur inexpérience dans le domaine par deux vieux routards. Method Man et Redman, ex-piliers de la confrérie du Wu-Tang Clan et connus pour leurs collaborations enfumées (le film « How High » et l’album « black out ») ont pris une belle longueur d’avance niveau foutage de gueule…

21h ce vendredi soir, une drôle de partie se joue près de la grande scène. Côté public, les photographes et les monsieurs muscle de la sécurité se bousculent; côté backstage le calme total. Quelques minutes passent, les deux rappeurs américains ne sont visiblement pas là. Bon. En fouillant un peu dans mes souvenirs, il ne me semble pas les avoir déjà vus jouer à l’heure. Pas d’inquiétude. Une demi-heure, toujours rien, l’organisation nous annonce qu’ils ne sont pas encore sur le site. Cool. 40 minutes, on nous annonce qu’ils arrivent. 50 Minutes, leurs deux djs arrivent sur la scène et s’étonnent que rien ne soit prêt (dans un monde imaginaire, fait de hip-hop et de ganja, les groupes n’ont pas besoin de techniciens et de balances puisque tout se fait automatiquement). Au bout d’une heure et alors que le set est censé se terminer, les deux rappeurs arrivent enfin. Leurs yeux trahissent un récent voyage plus au nord. Sourire jusqu’aux oreilles et excités comme des pinçons, ils se lançent: relecture de l’album « Black out », de la bande originale du fil « How high » et quelques nouveautés avec des extraits de l’album « Black out 2 ».

 

Redman et Method Man

Redman et Method Man

 

Pause. Retour à l’hiver dernier et retranscription d’une discussion entre les deux rappeurs autour d’une tisane et d’un pancake à la fleur de ganja:

  • Putain de merde, comment on pourrait l’appeler cet album ?

  • Je sais pas… Putain de merde il faut une idée.

  • Putain de merde.

  • Tu m’étonnes…(long silence)

  • Putain de merde, on peut peut être reprendre le titre du premier et rajouter un 2 derrière.

  • Putain de merde Red, t’es fort.

  • Ouais, c’est clair, putain de merde y’a des fois où je me fais peur tellement je suis balèze.

 

Retour à Liège. Stone de chez stone, Method Man se lance dans le public. Il fait un mètre cinquante puis s’éclate par terre. Sur scène, Redman lâche son micro et descend secourir son pote (« putain de merde Method, fais gaffe, elle est forte cette weed »). Plus de peur que de mal, le géant remonte rapidement sur scène et, sans que le morceau n’ait été interrompu, son lance dans son couplet. Beaucoup d’énergie, une énorme claque au niveau du flow, les deux rappeurs réussissent presque à se faire pardonner leur retard.

Plus tôt dans l’après-midi, on découvrait le groupe norvégien Madcon. Trois musiciens (guitare / basse / batterie), un dj et deux rappeurs pour une soupe groovy / hip-hop / fm. Mention pas mal pour le flow et la bonne humeurs des mcs.

 

Un des deux rappeurs de Madcon

Un des deux rappeurs de Madcon

 Toujours au rayon hip-hop mais plus tard dans la soirée, Q-Tip présente l’album « renaissance ». Ancien leader du mythique combo new-yorkais A Tribe Called Quest, il s’est depuis une dizaine d’années émancipé du groupe pour poursuivre une carrière en solo. S’il existe de véritables papas dans le hip-hop américain, il en fait sûrement partie: loin des postures bling-bling de certains anciens (« putain de merde Red, t’as vu le flow qu’il a le papy ? »), il a très rapidement enrichi son vocable en collaborant avec de nombreux musiciens. Très joli casting d’ailleurs de ce point de vue: il arrive sur scène entouré de Bob Marley à la basse, Thomas N’gigol à la guitare et Mister T aux claviers (ainsi que de deux autres musiciens que je n’ai malheureusement pas reconnu). Plein d’énergie, rappant nouveaux et anciens morceaux (dont certains d’ A Tribe Called Quest) avec son timbre de voix reconnaissable parmi cent et son flow à découper un platane avec un canif, papy donne une leçon de hip-hop à ces prédécesseurs. Dommage que le niveau sonore de la grosse caisse et de la basse aient été si élevés, il ont parfois couvert les partitions musicales et la voix du rappeur.

 

Q-Tip

Q-Tip

 

Voilà pour le hip-hop. Mais de la journée d’hier, on retiendra surtout les prestations de !!! (tchik tchik tchik) et de Gossip. Encore une fois, la programmation de la grande scène satisfait par sa cohérence: au plateau hip-hop se greffe un diptyque funk – rock – groovy – soul introduit par le groupe aux trois points d’exclamation. Comme hier pour Emily Loizeau et Thomas Fersen, la comparaison s’impose d’elle même: les leaders de chacun des groupes ( Nic Offer pour !!! et Beth Ditto pour Gossip) dégagent une grosse envie et une sacrée énergie. Le premier réveille le public en fin d’après-midi tandis que la seconde, bien aidée par ses trois musiciens, donne à voir et à entendre LA performance de cette première moitié de festival. Pour la première fois, l’accès à la grande scène est difficile: les festivaliers, nombreux, ne s’y sont pas trompés.

Au milieu de tout cela, il y a des performances ratées (le set d’ennuyeux de The Rakes); des anecdotes rigolotes (sûrement à cause de mon gabarit de boxeur poids lourd, un artiste me prend pour un mec de la sécurité et me demande s’il peut rentrer dans la salle de presse); des concerts ratés volontairement (Sliimy) ou involontairement (South Central, Paul Kalkbrenner)…

Et puis il y a aussi les deux scènes couvertes et leur programmation électro / techno. En vrac et dans le désordre: Para One joue au beau gosse planqué derrière son Laptop; Bobmo fait ses gammes avant que Surkin ne complète le plateau Institubes avec ses relectures électro des sons 90’s; Miss Kittin & the Hacker opposent minimalisme (dans la musique) et maximalisme (dans la mise en scène); Agoria reprend depuis le début et rappelle à tout le monde comment on fait un bon set électro avant qu’enfin (oui enfin) l’auteur de ces lignes aille se coucher.

Troisième partie de l’escale liégeoise demain.