Chroniques liégeoises (1)

Yoni Wolf - Why ?

Yoni Wolf - Why ?

Second week-end de Juillet et deuxième grand embouteillage sur l’autoroute des festivals: les Francofolies de La Rochelle, le festival Terres du son à Monts et deux des gros mastodontes européens (l’Oxegen irlandais et le BBK Live de Bilbao) obligent le festivalier consciencieux à se couper en quatre. En cinq même puisque quelque part entre le gigantisme des derniers cités et l’attache locale des premiers, Liège accueille la quatrième édition des Ardentes et environ 50 000 personnes sur les quatre prochains jours. Pour l’auteur de ces lignes, c’est le début d’un diptyque belge: petite halte sur les bords de La Meuse ce week-end puis direction Dour et sa plaine de feu la semaine prochaine.

Jeudi 9 Juillet. Départ de Paris à 9h, arrivée à Liège vers 13h et découverte du site. Surprenant: d’un côté un double hangar avec quelques branches d’arbres pendues ci-et-là pour essayer d’atténuer l’impression de grand froid que dégage le lieu; de l’autre la possibilité de se laisser transporter par la Meuse jusqu’à la grande scène et le village des artisans pour discuter R’n’B’ et taux d’intérêts sous les arbres. Lecture du petit fascicule du festival. La programmation est aujourd’hui dense et il va falloir couper des sets en deux: l’un des hangars voit défiler Why?, Get Well Soon, Alice Russell, Cirkus, Metronomy, Mogwaï et Grandmaster Flash tandis que la grande scène propose une soirée très cohérente et en grande partie francophone autour d’ Herman Düne, d’Emily Loizeau, de Thomas Fersen et d’Emiliana Torrini.

Why ? ouvre le bal . On avait laissé le groupe sur un excellent album (« Alopecia») qui prolongeait l’exploration entamée deux albums plus tôt sur les cendres du collectif hip-hop Clouddead: des compositions pop parfumées à l’hélium que venait soutenir la diction tantôt rapée tantôt chantée de Yoni Wolf. Accompagné de ses musiciens, dont son frère à la batterie et au métallophone, il dispose de 40 minutes (sic) pour présenter le travail du groupe. Mission accomplie: le son est clair, le groupe rodé et fait plaisir à voir jouer. Sous une enveloppe pop qui donne à penser que le répertoire est léger s’immiscent les coups de folie caractéristiques du groupe: Yoni Wolf narre des histoires glauques et absurdes (l’excellent « Good Friday ») tout en doublant certaines des partitions rythmiques de son frère Josiah, impressionnant de lunatisme à la batterie. Leur succède le groupe Get Well Soon: concert (comme d’habitude) très agréable, je renvoie à la chronique que j’y avais consacré dans le cadre du printemps de Bourges. (http://www.festivals-rock.com/festivals/printemps-de-bourges/en-direct-du-printemps-3-095.html).

 

Why ?

Why ?

Le temps se fait grognon, j’aligne les allers-retour entre la voiture et le festival, tantôt pour y prendre mon imperméable, tantôt pour le reposer (note pour moi-même: une réflexion sur la nécessité d’adopter une démarche plus élaborée à ce sujet devra être entamée). Alice Russell n’a que faire de mes histoires de climat puisqu’elle joue sur l’une des scènes du hangar. Excellent concert, ses cinq musiciens(guitare / basse / batterie / clavier / violon et choeurs) accompagnent diablement bien ses compositions et sa voix (définitivement soul). Quelques-uns des morceaux qui ont fait la longue histoire des compils Nova sont joués (l’excellent « Munkaroo ») et l’artiste se permet une petite reprise de « Seven Nation Army » qui, sur le coup, fait passer Jack White pour un enrhumé chronique.

 

Alice Russell

Alice Russell

Des courses à pied à travers le site s’imposent. Tandis que les quatre de Cirkus, le dernier projet de Neneh Cherry, préparent leurs instruments; les deux (trois en comptant la batterie) d’Herman Düne entament leur balade folk sur la grande scène. Sûrement jalouse du jeu de guitare d’André (ou alors de sa barbe de texan), dame météo se lâche et urine sur le public. Neil Young envisage paraît-il de porter plainte pour non-assistance à héritiers en devenir.

Pause. Rubrique « de quoi ne faut-il surtout pas parler ce matin? ». Lecture du journal local,celui-ci propose LE match du Jour: Yo Majesty contre Kid Cudi. Fichtre que cela tombe bien, ces deux-là auront sûrement leurs places sur le podium des boulets d’or lorsqu’il sera temps de faire les comptes en fin de festival: les premières arrivent avec 20 minutes de retard et crient un quart d’heure avant de disparaître, le second rappe presque une heure comme un phoque mal accordé.

Retour sur la grande scène où se succèdent Emily Loizeau et Thomas Fersen. Excellent choix pour deux artistes qui ont beaucoup de points communs: l’univers (loufoque), l’esprit (décalé), les textes (imagés) et même le port d’une robe (en plus d’un beau chapeau à plumes, Thomas Fersen porte le délicat vêtement sous une veste de costard). Pendant ce temps, les (plus jeunes) festivaliers abondent dans le hangar pour l’électro-rock des quatre de Metronomy. J’y arrive pour patienter avant que Mogwaï n’entame son set. Même si le groupe reste collé à sa marque de fabrique post-rock, ses guitares lancinantes et ses montées stratosphériques, le concert est scotchant: les cinq la jouent compilation et les grands morceaux du groupe ravissent l’assistance.

Suite de la soirée et contraste saisissant. Alors que les performances d’Emily Loizeau et de Thomas Fersen avaient séduit par leur chaleur, le concert d’Emiliana Torrini paraît froide et clinique. La différence se lit dans les regards: là où ceux des musiciens d’Emily Loizeau s’écoutaient et se répondaient avec malice; ceux des musiciens de l’artiste islandaise ne se croisent jamais. Les partitions sont calquées sur celles des disques et la fantaisie est absente. Toute la verve et la bonne humeur d’Emiliana Torrini ne suffiront pas: on s’ennuie.

Fin de soirée au hangar où la scène est confiée au grand manitou vieillissant du hip-hop Grandmaster Flash. Derrière ses platines et son laptop, il distribue très vite une première perle (SON morceau « The message» avec les Furious Five); enchaîne sur les grands morceaux rap des années 80 (le «Rapper’s Delight » fondateur du SugarHill Gang, Run Dmc, House Of Pain…); envoie deux, trois scratchs bien placés; bifurque vers le rock des années 90 / 2000 (« Smell like teen spirit » de Nirvana, « Song 2 » de Blur), se laisse peu à peu aller à la facilité (« Seven Nation Army » des White Stripes) avant de totalement perdre le contrôle de ses platines (Dr Dre et compagnie…) sous la pression du public (par ailleurs déchaîné). Respect néanmoins: malgré l’apparente facilité de la playlist, ce sont presque trente années de bitume américain que Grandmaster Flash vient de nous faire défiler dans les oreilles.

La suite demain.