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Cabaret Vert 2012: 73 000 festivaliers!

Une édition explosive pour le cabaret vert! (Et non je ne parle pas d’obus..)

On en prenait déjà plein les oreilles les années précédentes, mais cette année avec sa nouvelle formule le Cabaret Vert nous offre quatre jours de musique, quatre jours de crêpes au gorgonzola lardons, quatre jours de côtes de bœuf (Et je vous le garantis c’est mieux qu’un mars, une côte de bœuf et ça repart!), quatre jours d’oubliettes ambrées, quatre jours… bref vous l’aurez compris le festival s’agrandit dans le temps, et surtout dans sa fréquentation.

Alors que de nombreux festivals s’écroulent, le cabaret vert garde la tête haute et enfile même des échasses :

73 000 festivaliers ont occupé le square Bayard ce week-end, 40% de plus que l’an passé!

Affichant complet samedi et dimanche, on commence à ressentir les limites du site pour passer d’une scène à l’autre, s’y approcher ou accéder aux toilettes.. L’accès aux buvettes est quant à lui très fluide de par leur nombre et leur diversité! Toujours dans la grandeur, on ne va pas au Cabaret Vert pour faire un régime… Il y a à manger partout! On pourrait avoir le temps de s’ennuyer entre deux concerts, mais les sangliers en décident autrement, tant de bonnes choses à déguster!

Et sinon qu’a-t-on retenu des concerts?

Rien de tel pour ouvrir un festival qu’un chanteur roux qui donne des frissons aux demoiselles en murmurant « je t’aime » avec l’accent américain, superbe découverte pour ma part d’Eagles of Death Metal! On enchaine avec Cancer bats et leur punk hardcore qui reprend Sabotage des Beastie! Au tour de Manu Chao et son show toujours aussi énergique, bien que très énervant, il est programmé deux heures mais toutes les quarts d’heures nous avons droit à un « merci Charleville au-revoir »… Il termine sur Malavida et Sidi’h’bibi afin de préparer la suite de la soirée au camping pour dormir paisiblement sur ces berceuses… »APÉRO, PAUSE TA BITE SUR MON ÉPAULE, woyoooo woyo yo yo »!


Réveil difficile? Réveil difficile… Bottes ou baskets pour la journée? On verra! Pour l’instant on profite des rayons de soleil, pour faire un tour en ville boire un p’tit jaune au bar du coin et une bonne Saint-Bernardus chez Rodolphe au Vert Bock. Essayez d’y faire un tour ce bar vaut le détour! Pas le temps de penser à la sieste, c’est l’heure de Toots & the Maytals, on arrive sur la fin, dommage car les papys ont une pêche d’enfer! En faite on reparle de la sieste… le camping un peu plus calme on se laisse aller, le temps aussi! Transformation étanche pour la suite de la journée, et direction les années 80 à New-York avec Public Enemy pour un concert très rock. Malgré trois décennies sur scène ils sont toujours en place, et à la pointe de la technologie avec un membre du crew qui film le concert avec son…….iphone!?

On arrive à la découverte du jour avec The Bots, duo punk rock formé il y a trois ans par deux frangins de 15 et 18ans. Ils ont déjà un album à leur actif « Self-Titled Album »(2009). Pleins d’énergie, ils terminent le concert par un bain de foule en se jetant à tour de rôle dans le public. Les platines sont en place, Pone, Need, Crazy-B et Lil’ Mike aussi, les lumières fusent dans tout les sens, un peu d’électro ne fait pas de mal!Birdy Nam Nam est à son deuxième passage au Cabaret Vert.  La foule beaucoup trop dense pour rejoindre Joey Starr, on se contentera de l’avoir en fond sonore avec une bonne oubliette ambrée! 23h30, un compteur apparait sur la scène zanzibar, Skrillex se fait désirer et une grande partie du public est là pour lui. Je n’accroche pas du tout à sa musique, mais il faut l’avouer son set est en place et a de quoi en tenir éveiller plus d’un! On finit la soirée au bar Groin Groin situé en face de la scène des Illuminations…

P’tit jaune, mal de tête, fatigue, … on s’y habitue, on n’a pas le choix, grosse journée pour samedi qui affiche complet!

Dionysos prennent des coups de soleil, Mathias Malzieu (chanteur) va se baigner à son accoutumée dans la foule, d’où il gravit la régie pour s’en servir de plongeoir et repartir de plus belle! On continue sous le soleil, avec du punk hardcore, Agnostic Front, une équipe de malade qui s’éclate sur scène et fait lever la poussière devant la scène des Illuminations! Du rap maintenant avec Orelsan, connu suite à un buzz sur internet grâce à sa chanson d’amour « Saint Valentin », ce rappeur enchaîne les concerts, et rameute de plus en plus de fans! On notera sa superbe veste Waïkiki. Avec cette chaleur il faut penser à s’hydrater comme nous le conseillent les notifications de l’application mobile Cabaret Vert, alors on suit les indications, direction la buvette! Pas trop de répit, on prend une grosse claque devant Franz Ferdinand, mon meilleur live du week-end! La soirée se termine sous le rythme des platines avec C2C, Digitalism, et Noisia.

Le dimanche, jour du seigneur, on y va molo, on profite, on se détend avant de reprendre la route! Pendant trois jours les côtes de bœuf nous ont fait saliver, on craque! On profite une dernière fois des copains, des rencontres, et même d’une limonade!

Merci à toute l’équipe du Cabaret Vert et à l’année prochaine!

(Crédit photo © DarkRoom – Cabaret Vert 2012 – www.assodarkroom.fr)

Merci à Marion qui me tape sur les doigts à chaque majuscule oubliée et faute commise!

Deux jours à Bourges: première partie

Tinariwen

A l’arrivée du train, il y a les pancartes des taxis. Une pour Dominique A, une pour François & the Atlas Mountain. Une pour Camille aussi. Qui arrive cachée sous une capuche. Qui dit timidement bonjour.

Il y a un monde entre ce moment et celui d’après, entre la personne privée et le personnage public, tout de poésie et de décalage quelques heures plus tard: une ampoule suspendue parcourt la scène au gré de ses inspirations, imprimant successivement ombres et lumières sur le fond de scène. Les instruments ne sont pas amplifiés, des micros d’ambiance saisissent simplement les contours des mélodies.

Retour aux taxis. Il n’y a pas de pancarte pour moi. La pluie m’invite à faire comme si. Le chauffeur me parle de crise, d’essence et de politique. Il prend des raccourcis. Géographiques et rhétoriques. J’acquiesce.

Patrick Watson

A l’auditorium, coeur battant du festival, les captations télévisuelles privatisent l’espace disponible. Les six de Dionysos jouent le jeu. Mathias, chanteur du groupe, parle beaucoup. Blague un peu. Babeth, la violoniste, complète parfois. Les autres sourient ou regardent ailleurs. Quelques heures plus tard, le groupe présente sa nouvelle création: le bird n’ Roll, mélange de rock n’roll pionnier et de choeurs chants d’oiseaux. Le guitariste joue avec une perceuse. Pour de vrai. C’est drôle. C’est rythmé. C’est gourmand.

Dominique A avait son affichette à la gare. Il a aussi sa conférence de presse. Il sourit aux questions posées, coupe parfois les journalistes, se moque gentiment.

  • Vous qui êtes modeste et discret… .
  • Ah non pas du tout, vous devez vous tromper.
  • Les 20 ans de l’album la Fossette, vous aviez prévu de le fêter ?
  • Oui, en fait je prépare les 20 ans depuis 20 ans. Je me disais: « Ah putain les 20 ans ».

Il présente le soir même son nouvel album en configuration élargie. Cinq musiciens et un quintette à vent. Il parle de l’influence du dernier album de Midlake. Dehors il pleut toujours.

Quelques mètres plus loin, Mina Tindle ouvre timidement la scène de l’auditorium. Pop sucre lent et arpèges de fête foraine. Comme s’il fallait commencer doucement. Le public est réceptif. Emue, elle pleure un peu. Puis se reprend.

Mina Tindle

En salle de presse, on présente la création-hommage autour de Lhasa. Arthur H se frotte les yeux, Patrick Watson boit de l’eau. Chacun se présente. Emily Loizeau rougit de ne pas avoir connu Lhasa. Trois des soeurs de Lhasa sont présentes, impressionnées. Sûrement émues. L’une d’elles retient ses larmes en parlant. En contrechamp, les téléphones sonnent, des journalistes consultent leurs textos. Le cynisme en attendant que la pluie s’arrête.

Mais elle ne s’arrête pas. La résignation s’installe. Le groupe François & the Atlas Mountain également. Invitation au voyage, mélancolie de fin d’adolescence et rythmiques afro-tribales. La jeunesse est assumée. On peut chanter d’une voix nasillarde et en français. On peut jouer pieds nus et en short. On peut lancer des chorégraphies sommaires, genre boys band de la fin des années 90. Le groupe décomplexe, un peu, la chanson française. Comme a pu le faire, à une autre époque, Dominique A. Qui leur succède. Simple, intense et possédé. Comme à son habitude.

Dominique A

Sauce Andalouse, boue et musique(s) électroniques: Dour 2011

Dour, petit village wallon, a décidé de lutter, semble t-il avec efficacité, contre le rallongement de la durée de vie moyenne. Aucune étude n’a pu étayer ces faits mais il se murmure, dans les grands salons bruxellois, qu’une journée à Dour correspond à environ six mois en moins de vie en bonne santé. Traduction politique: six mois de retraite en moins par festivalier. A l’heure où l’on moque l’ingouvernabilité de la Belgique, il serait de bon ton de prendre exemple sur un pays qui a résolu le problème de ses retraites sans passer par la case impopularité. Tentative de résumé.

Au début donc, il y a la boue. Sans que l’on sache très bien qui de nos pieds ou de nos cerveaux modifie sa perception, le sol présente une étrange texture, guimauve de boue et d’eau de pluie. Il est 16h. L’auteur de ces lignes, grimé en jeune, arrive sur les lieux. Bondour tout le monde. Apéritif et consignes pour le long week-end de festival qui commence. Ne pas perdre le pdf de la prog. Partager quelques boisson énergisantes. Tester quelques vannes. Repérer la position de sa tente dans le grand fourre-tout du camping (35 000 personnes, record d’europe qu’ils disent). Respirer une dernière fois. Les voix s’élèvent doucement. Les tireuses de bière se réveillent. Il est 18h, le jour se lève à Dour.

Sur le site du festival, Ice Cube ouvre une longue soirée et n’évite pas l’écueil dans lequel tombent beaucoup de ceux qui capitalisent sur leur nom plutôt que sur leur créativité. Le MC bafouille de longs monologues égotrippés, son dj envoie des instrumentaux mal égalisés mais quelques classiques servent heureusement de filet de sécurité. Rayon hip-hop, le week-end est dense et la situation contrastée. Si certains s’enfoncent dans la jurisprudence rentière d’Ice Cube (Cypress Hill, House Of Pain …), d’autres présentent des prestations plus abouties: les vieux routards de Public Enemy ont fait le déplacement avec leurs musiciens et un nouveau type d’intermittents du spectacle: les vigiles-danseurs (qui croisent les bras, qui décroisent les bras, qui font des demi-tours sur eux-mêmes en gardant toujours un oeil sur les membres du groupe. Fort.). Le concert est prenant, le rendu sonore plus que correct, le flow suit toujours et c’est un soulagement de voir une prestation hip-hop à la fois propre et rythmiquement juste.

Mais il y avait encore mieux et, sans hésitation, le prix d’interprétation hip-hop sera remis à Dose One, présent le Samedi avec la formation 13&god, rencontre des musiciens de The Notwist (électro-pop-rock) et de Themselves (abstrakt hip-hop ). Entre humour fin du monde et diction genre pinson sous acide; il tisse de sa voix une poésie de l’absurde où les non-dits sont, en fait, de grands bavards qui ne veulent pas donner leurs noms. Derrière lui, les univers de deux groupes s’équilibrent mutuellement: la musique de The Notwist gagne en agressivité et celle de Themselves s’adoucit sur des récifs moins abrupts qu’à l’accoutumée. Captivant.

Dose One © lisemai

Le reggaeman est par définition une espèce qui se nourrit de soleil et de ganja. Banco pour la ganja, la Hollande n’est pas loin. Par contre pas de chance pour le soleil, cette année à Dour, Jah porte un k-way et des bottes. Parmi les invités, Groundation joue le Samedi son tribute à Bob Marley. Harrison Stafford, la voix du groupe, commence par annoncer que le dit Bob est ici, parmi les festivaliers. Coup d’oeil sur l’assistance: des k-way, des panchos et des bottes. Ou bien ce mec se fout de notre gueule ou bien Bob cache bien son jeu. Retour du groupe le lendemain, cette fois présenter sa musique et ses compositions. A l’image du récent album  « Here I Am », le groupe jongle entre thèmes reggae et improvisations jazz. Entraîné par les gimmicks et la présence vocale d’Harrison Stafford, la formation propose un set musical, rythmé et plaisant.

Rayon reggae, on retrouve malheureusement le même phénomène de rente que dans le hip-hop: Israël Vibration tourne toujours sur une jambe, Horace Andy profite de l’heure de l’apéritif pour faire passer la pilule et quelques autres essaient de se faire une place au soleil (Anthony B, Tarrus Riley) sans jamais le trouver. Etonnament, c’est à trois heures du matin que celui-ci sera finalement retrouvé avec l’anniversaire, en musique, du label dub On U Sound. Créé il y a 30 ans par Adrian Sherwood, le label a invité certains des artistes qui ont croisé sa route. C’est l’occasion d’entendre et de revoir Omar Perry ou Ghetto Priest d’Asian Dub Foundation. Deux heures de mix Reggae, Dub, Drum n’bass et Jungle, le grand écart permanent en terme de pas de danse (reggae lancinant ou drum n’bass hallucinée), un sacré enthousiasme sur scène et un public très réceptif. L’un des grands moments du festival.

Au petit matin du deuxième jour, on prend conscience que le soleil joue avec nos nerfs. Jusqu’ici aux abonnés absents, il dégaine, à 9h30, un rayon qui fait passer la température des tentes de 10 à 55°C. Panique au camping: un festivalier se réveille affolé, en réveille un second qui dans un cri de colère en réveille un troisième qui, au travers d’onomatopées diverses et variées, en réveille d’autres dont fait évidemment partie l’auteur de ces lignes. Il est 10h, la nuit a duré 3h et sans pousser mémé dans les bégonias, il apparaît d’ors et déjà clair que la journée sera difficile. Face à l’épreuve, on lutte comme on peut: café, dodo sur l’herbe mouillée ou, pour les plus affûtés, apéritif corsé. Au loin, les balances des différentes scènes commencent.

Il y a un paquet de raisons d’être à Dour mais l’une des principales est sûrement la propension du festival à se transformer en gigantesque usine à teuf à partir d’une certaine heure. Une fois la nuit tombée, le festival montre son vrai visage: lunettes de soleil, bras en l’air et tout le monde copain avec tout le monde. C’est le moment où un consensus entre wallons et flamands semble enfin se dégager: plus on en prendra dans les tympans, mieux ce sera. A ce jeu, les djs présents s’en tirent plus ou moins bien: Sascha Funke et Ellen Allien dans le registre minimale berlinoise, Claude VonStroke dans le registre house de Detroit, Vitalic dans le registre set de merde, Rusko dans le registre DubStep tendance gros lourdeau….Il convient à ce sujet de remettre les pendules à l’heure. Si ce qu’on appelle dub step voit éclore toute une école d’artistes, en majorité anglais, qui le traduisent avant tout par une texture de son nouvelle et très travaillée (Burial, James Blake et compagnie…); il est également un prétexte, sous sa déclinaison UK garage, à formater les sets et les musiques proposées. Basses saturées et compactées, partitions rythmiques hip-hop ralenties: le djing à prix discount, malheureusement trop servi durant ce week-end.

Il est tard, il pleut toujours, des combats de boue s’improvisent et les choses sérieuses commencent. Accompagné de Dorian Concept aux claviers et Richard Spaven à la batterie, Flying Lotus confirme son statut de favori pour le prix d’interprétation électro. En plus d’avoir fourni, avec Cosmogramma, un album passionnant de métissages musicaux; il présente ses compositions « live » redécoupées à l’aide des deux musiciens. Le résultat est prenant: aux véhémences jazz de l’artiste s’ajoute un travail de redécoupage rythmique, d’habitude réservé aux machines, qui exhauste les compositions.

Flying Lotus © Simon Grossi – www.simongrossi.com

Si Flying Lotus s’éloigne de plus en plus des compositions abstrakt hip-hop de ses débuts, d’autres se les réapproprient. Exemple avec Nosaj Thing, bidouilleur électronique, qui, à base de découpages de nappes de synthétiseurs et de voix, construit un univers que son récent album n’illustre malheureusement que partiellement.

Et puis il fallait bien un grand monsieur, quoi qu’un peu rouillé sur scène, pour une démonstration nocturne de turnabilism. Cut Chemist, vieux compagnon de route de Jurassic 5, a fait chauffer les platines et les vidéos (monsieur scratche également les vidéos) pour clôre le monumental plateau proposé dans la nuit de Samedi à Dimanche (Nosaj Thing / Flying Lotus / The Gaslamp Killer / Cut Chemist).

Au petit matin du troisième jour, ça pique. Pas fair play du tout, le soleil lâche deux, trois rayons destructeurs. On se prend à imaginer, les yeux mi-clos, que de là-haut il s’amuse des tentes qui s’ouvrent les unes après les autres et des visages décomposés qui en sortent. Le voisin me demande si ça va. Il me parle de son herbe et de Snoop Dogg. Une voisine se joint à la conversation. Elle a perdu son mec dans le camping. Rire et puis se taire. Lutter en silence. Rester digne.

Les concerts de l’après-midi permettent de retrouver un semblant de pêche: Fool’s Gold organise une chouette rencontre entre afro-beat et spiritualité post-beatnick, The Bewitched Hands propose un cocktail pop de choeurs tendance Beach Boys, Architecture In Helsinki et Metronomy recyclent les cadavres synthétiques des années 80 pour en soutirer une pop rétro-vintage tendance beaux quartiers. Un peu plus tard dans la journée, les deux soeurs de Cocorosie prennent le risque de nous endormir en configuration réduite: un pianiste et une beatboxeuse. Mais la relecture de leur répertoire s’avère au final intelligente et prenante.

La nuit tombe et c’est Shantel et son Bucovina Orchestra qui réveille enfin le festival. Folklore balkanique et fanfare survitaminée pour retrouver un peu d’énergie. Sous un autre chapiteau, Kaly Live Dub puis High Tone proposent des séances de taï-chi à base de basses et de riffs hypnotiques. Derniers mouvements, derniers efforts, dernières discussions improbables. Et puis, pour terminer en beauté, le concert hallucinant de Bonaparte, entre représentation costumée et rock’n roll aux hormones. Musiciens en costumes sur scène, un chef d’orchestre à tête de girafe, un bébé d’un mètre quatre-vingt franchement flippant, des danseuses bodypeinturlurées des pieds à la tête. Après un week-end de festival, le tout paraît délicieusement surréaliste. On jurerait que du côté des programmateurs le choix n’est pas innocent. Bravo.

Et puis il y a le matin du quatrième jour. Celui où il faut replier. Le soleil, égal à lui-même, a déserté les lieux et laisse la pluie arroser les campeurs. Dour version bidonville: tentes et duvets abandonnés, déchets alimentaires, boue… On replie les tentes. On ferme les sacs. On s’engueule une dernière fois. Histoire de. On marche une dernière fois dans la boue. Jusqu’à la voiture. On retente l’engueulade sans vraiment y croire. Le moteur de la voiture démarre. C’est l’heure de partir. On s’éloigne de Dour, petit village wallon devenu centre du monde pendant 4 jours. Village qui va retrouver l’anonymat. Jusqu’à l’année prochaine.

Crédits photos ambiance, en vrac:

matthieu borrego (www.matthieu-borrego.book.fr)

Iphotography (http://Ifo.halleux.overblog.com)

loyce.T (http://url.exen.fr/loyce)

Eurockéennes 2011 : des valeurs sûres pour relancer le festival

Le week end dernier, Festivals-Rock a encore usé ses chaussures sur les terres des eurockéennes de Belfort. Habitués à ce festival franc-comtois, on connait les moindres recoins… jusqu’à cette année où l’organisation avait réservé quelques surprises.

Tout commençait donc le vendredi 1er juillet, sous un beau soleil, qui durera jusqu’au dimanche soir (première nouveauté en soi presque, même si les organisateurs n’y pouvaient rien). On découvre alors la nouvelle organisation du lieu. On supprime le chapiteau qui s’ouvre sur une nouvelle esplanade baptisée « Green room » et sponsorisée par Heineken. Difficile à dire si on y voit mieux ou moins bien. De premier abord, on a l’impression que le lieu est plus petit, mais après réflexion l’absence du chapiteau permet de voir la scène de plus loin. A l’arrière de la régie de cette scène, le sponsor a ajouté des installation pour s’assoir, largement pris d’assaut par les festivaliers.

La belle réussite dans cette réorganisation est la scène de la plage. Posée désormais sur l’eau, elle permet d’avoir nettement plus de place mais aussi une disposition qui donne une vraie bonne visibilité, surtout depuis que la haie a été supprimée. Un vrai bon point à conserver.

Lorsqu’on passe à la grande scène, on s’aperçoit que rien n’a été changé. Sauf un petit détail : deux petits écrans disposés de chaque côté tout à droite et en haut de la scène, passant une vidéo en boucle qui reprend les visuels du festival. Marrant, sauf qu’ils auraient dû les couper pendant les concerts, car il attiraient l’oeil. Après ce détail, on peut parler de la Loggia, grosse déception sur l’organisation. Largement mangée par l’espace VIP, la scène devient toute petite et quasi inaccessible tant elle est mal orientée. A changer d’urgence !

Après ces premières constatations, on peut s’attaquer aux concerts. Cela débute pour moi par un très attendu True Live sur la plage. Un bon moyen de lancer un festival, avec un concert très sympa. Concert enchainé par celui de Keziah Jones, qu’on nous avait présenté en concert solo acoustic et qui est en fait venu avec un percussionniste et une guitare électrique. Allez comprendre…

Ennuyé ensuite par Tiken Jah Fakoly sur la Grande scène, je file voir les Savy Fav sur la plage et je ne le regretterais pas, tant les mecs font le spectacle.

Après une pause repas, il est temps d’aller voir les Ting Tings sur la Grande scène. Et je peux alors constater qu’en plus de leur énergie ils ont acquis pas mal d’expérience depuis leur dernier passage aux eurocks.

Il est temps alors d’aller voir ce que Beth Ditto est capable de faire sans le reste des Gossip. Uniquement accompagnée d’un DJ tout juste là pour lancer les séquences et de 4 danseurs, elle se débrouille plutôt pas mal. Sans doute bien aidée par sa fougue et la bonne idée d’avoir 4 danseurs pour compléter l’espace.

Pour la suite, exit Tryo et je file directement voir Metronomy qui se révéleront être plutôt une bonne surprise. J’enchainerais avec la Carte Blanche sur la loggia, pour constater alors que le moindre concert fait très rapidement le plein sur cette scène et on ne voit très rapidement pas grand chose. Dommage. Il est alors temps de repartir.

Le jour suivant est sur le papier l’un des meilleurs que j’ai pu voir depuis longtemps : Anna Calvi, Kyuss, Motorhead, House of Pain, Queens of the stone age, Boys Noize, Birdy Nam Nam et Atari Teenage Riot… On commence donc tranquillement avec Anna Calvi, encore un bon choix pour débuter la journée et se motiver à arriver tôt sur le site.

Je me déplace alors vers la plage pour le concert de Kyuss Lives! Peu avant le début du concert, tous les membres de Queens of the stone age débarquent pour saluer les membres de Kyuss. On songe alors fortement à la participation de Josh Homme au concert de son ancien groupe. Mais rien ne viendra… C’était l’occasion ou jamais pourtant. Mais à part ça, les Kyuss ont joué sans s’arrêter pendant 90 minutes, très appréciable dans un festival ou l’extrême majorité des groupes ne jouent qu’une heure.

Direction ensuite la grande scène pour Motorhead. Et comme prévu pour moi, c’est très bon, mais c’est très bon 20 minutes. J’ai toujours cette bizarre impression d’un manque de renouvellement quand j’écoute ce groupe.

Ensuite, sur la Green Room va débuter House of Pain. Assez impatient de voir enfin ce groupe. Mais là grosse déception. La déception classique qui arrive pour la moitié des « vieux » groupes sur le retour. Assez mous, on sent qu’ils ont perdu la fougue qu’on peut encore retrouver sur les vidéos d’époque. Et le paroxysme arrive lorsqu’ils osent massacrer une chanson de Cypress Hill. C’en est trop, je m’en vais.

Mais je retrouverais le sourire avec le concert des Queens of the stone age. Resté sur une déception sur leur dernier concert sur cette même scène, là ils sont en forme et jouent un concert sans faille. Certains qui n’aime pas trop le groupe avoueront même avoir passé un bon moment, c’est dire.

Avant de terminer par un passage rapide devant Birdy Nam Nam et Atari Teenage Riot, je passe un autre très bon moment devant Boys Noize. Le jeune allemand mélange un DJ set et un live et a du en convaincre plus d’un.

Pour le dimanche, même si l’affiche peut à priori paraitre plus alléchante, je ne suis pas emballé. Je tente tout de même The Do pour débuter la journée, qui sera un concert agréable quand même. Le concert de Katerine sera comme attendu un mélange de bonnes choses à entendre et à voir.

Par contre, sans surprise le concert de Beady Eye est d’un plat consternant. Rien à voir, pas grand chose à écouter, le temps d’Oasis est bien loin. Odd future sera un bien meilleur choix pour l’heure.

Je zappe ensuite Aaron et alterne ensuite entre Arcade Fire et Katerine et son cabaret burlesque. Si Arcade Fire est un bon groupe, on se laisse vite endormir par un manque d’emballement global. Le concept du concert de Katerine sera par contre une bonne idée. Le chanteur enchainera de nombreuses reprises de titres plus connus les uns que les autres, parfois entouré par les actrices du film Tournée. Un bon moment en fin de compte.

Et voilà, le festival se termine alors. Juste le temps de passer voir comment le festival a organisé son espace VIP, avec une zone réservée non loin de la loggia et donne accès à une plateforme pour avoir une belle vue sur la grande scène. Intéressant, mais pas sûr que cela justifie les 44 euros de plus sur un forfait 3 jours.

Au final, 95000 spectateurs et un samedi complet, ce qui relance le festival avec au moins 15000 entrées de plus que l’année précédente. On se dit donc que les valeurs sûres comme Motorhead ou Queens of the stone age n’y sont pas pour rien…

Mes meilleurs concerts des eurockéennes 2011 :

1 – Queens of the stone age
2 – Boys Noize
3 – Kyuss Lives!
4 – True Live
5 – Ting Tings

Retrouvez ici nos photos du festival :

Décibulles 2011: 14 500 festivaliers chaud chaud chaud…

Décibulles 2011

La 18eme édition des décibulles s’est achevée par une note de sueur pour les 14 500 festivaliers qui ont foulés le site du Chena.

Trois Jours de plus en plus chaud de par le temps, mais aussi de la programmation! Au réveil le samedi matin, on peut encore appeler sa tente une tente… Le dimanche, on trouve que pour un festival c’est vraiment sympa d’avoir son propre SPA… même si le lundi on ne trouve toujours pas les bains froids! À noter que de l’eau potable était enfin disponible sur le camping, ce qui fut une superbe nouvelle, ainsi que la distribution de sac poubelles avec un tri à effectuer. Les concerts s’enchainent et ne laissent pas place au repos, jusqu’au bout du week-end on en a pleins les oreilles, et c’est ce dont on a besoin, surtout avec le dimanche pour finir en beauté! (The inspector cluzo, Skip the use, John Butler trio.)

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L’ambiance est toujours bon enfant au décibulles, de par sa taille humaine les festivaliers se rencontrent et se retrouvent au fur et à mesure des années.

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Le journal télévisé du festival fut mémorable à travers « TV (i)monde », deux journalistes géants transportant leurs télés et déambulants sur le camping et le site afin de nous faire parvenir leurs dernières nouvelles.

Côté musique belle découverte de « The Wolfgangs » avec comme chanteuse une superbe pin-up! « Skip the use » s’affirment de plus en plus, très bon concert pleins d’énergie.

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RETROUVEZ LA SUITE DES PHOTOS SUR MON FLICKR

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http://www.flickr.com/photos/gnikoner/sets/72157626960831857/

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Merci à l’organisation et aux bénévoles!

Celim

Printemps de Bourges: le Samedi

Scènes de vie un Samedi à Bourges. D’un côté; familles, glaces à l’italienne, poussettes et divers ustensiles pour s’assurer que bébé a le cul bien propre. De l’autre; de jeunes gens, bière à la main et tente dans le dos, qui viennent prendre leurs quartiers, là où il y aura de la place, pour profiter de l’orgie programmée le soir même et dont le nom est à lui seul un programme: rock’n beat Party.

James Blake

D’ici quelques siècles, on en parlera sûrement comme d’un crooner du début des années 2000 mais, pour l’heure, sa musique évoque plutôt une rencontre, réussie, entre culture dubstep et songwriting de piano-bar. L’anglais James Blake présentait hier soir son album éponyme sorti il y a quelques semaines. En plus d’avoir déjà digéré toutes les déviances des musiques électroniques, l’artiste ne cède pas à la facilité sur scène. Accidents synthétiques, voix doublée puis rééchantillonnée, ellipses rythmiques; un set qu’on aurait pu penser piloté par des ordinateurs est construit « live » à partir de deux synthétiseurs, de pédales et de deux musiciens (batterie électronique et guitare) qui exhaustent la signature mélodique de l’ensemble. Le résultat est bluffant et supérieur à ce qu’on peut entendre sur disque: l’artiste anglais n’a que 22 ans mais semble déjà avoir pris un demi-siècle d’avance sur nos habitudes musicales.

James Blake

 

Lumières rouges, visage baissé et caché sous une capuche; Taylor Kirk, voix et âme du groupe Timber Timbre, proposait ensuite une ballade dans les forêts hantées qui peuplent son imaginaire. Entre folk et blues, mise en musique par une chaleur de son d’un autre temps, son écriture évoque la partie sombre d’un conte de fées; un endroit où le mal, sans sembler malveillant, s’immisce discrètement. Possédé et envoûtant.

Agnes Obel

Agnes Obel, au piano et au chant, clôturait la soirée proposée à l’auditorium et était sobrement accompagnée d’une violoncelliste. Les deux instruments se marient et habillent la voix de l’artiste, entre mélodies enfantines et nostalgie de jeune adulte, confirmant la bonne impression qui se dégage de l’album « Philharmonics ».

Agnes Obel

Il est un peu plus de 21h et de fortes vapeurs d’alcool se dégagent déjà de la fameuse rock’n beat Party. The Bewitched Hands, à l’époque où on les appelait encore The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads, jouait dans une des (petites) salles du 22 et était estampillé du cachet « découverte du printemps de Bourges ». C’était il y a deux ans. Aujourd’hui, ils jouent sur une scène, encore un peu grande pour eux, devant un public fourni composé pour une part d’adeptes et pour une autre part de post-adolescents bien farcis. Guitares et constructions chorales qui évoquent les Beach Boys; les six rennais retranscrivent proprement les morceaux de leur récent album  Birds and Drums, tout de pop, de soleil et de nanas. Darlidarladada.

The Bewitched Hands

Les anglais de Metronomy leur succèdent et tricotent, eux aussi proprement, leur pop rétro vintage tendance hype des beaux quartiers. Certains titres sont bien ciselés mais l’ensemble est redondant. Un célèbre hebdomadaire musical, réputé peu enclin à la corruption, faisait de leur album récemment sorti le disque pop de l’année 2011. Vivement 2012.

Cassius

Minuit, la température baisse dehors mais monte sacrément à l’intérieur: après que les deux mc’s de Beat Torrent aient donné dans le 2many djisme à prix discount (à base de classiques un peu défraîchis: « Song 2 » de Blur, « Smell like teen spirit » de Nirvana….), la programmation se muscle progressivement. Ratatat, aidé par un show vidéo assez impressionnant, profite de l’occasion pour tester un nouveau dispositif de destruction de tympans à base de beats, de synthés et de guitares. Les deux de Cassius jouent aux papas bienveillants: mix propre, remuant sans être usant et accessible sans être consensuel avant que Paul Kalkbrenner ne serve un sucré-salé de techno aux quelques survivants: sucré pour les nappes de synthé et salé pour les kicks destructeurs.

Ratatat

Sinon Blitz The Ambassador a retourné le 22 et c’était cool.

 

Ps: les photos non créditées sont de moi. Copyleft et gros bisous.

Printemps de Bourges: le vendredi

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas à Bourges. Jeudi, la teinte urbaine de la programmation avait contaminé les esprits et le survêtement était de rigueur. Hier, Vendredi, on pouvait deviner, sans consulter la programmation, qu’une grande messe noire se préparait. Confirmation vers 19h au palais d’Auron. Le metal a ses codes et il fallait mieux se vêtir de noir et, si possible, d’une ceinture à clous pour ne pas être dévisagé. Sur scène, les différentes déclinaisons du metal se répondent grâce à quelques-uns de ses représentants: Dagoba, Septicflesh, Epica, Kamelot et Punish Yourself. L’auteur de ces lignes, peu adepte et novice dans ce domaine, gardera un souvenir enthousiasmé de la prestation de Punish Yourself. Entre metal, folklore et arts de rue; les toulousains, maquillés de vert fluo et encagés par des lasers (verts également), enchaînent les riffs à faire décoller une fusée pendant que Freddy Krueger assure les chorégraphies avec rubans, scies et ustensiles enflammés. Trop cool.

Punish Yourself

Aloe Blacc est un mec sacrément cool en promo. Il enchaîne les interviews, marche sur 20 mètres pour un cameraman de télé qui semble  enfin réaliser ses rêves de metteur en scène et enregistre des jingles pour des radios locales qu’il ne capterait pas, même avec une fusée Soyouz installée dans son jardin new-yorkais. Il ne le sait pas encore mais il va perdre son duel scénique avec Raphaël Saadiq qui, du haut de ses 20 années de scène, faisait hier soir sa masterclass.

Raphaël Saadiq

Jean, chemise blanche et lunettes rondes. Malgré son look d’étudiant en lettres, Raphaël Saadiq n’est pas venu ici pour faire l’inventaire de la bibliothèque de Bourges: ça swingue à s’en faire hara-kiri et on imagine que, de là-haut, Sly Stone et quelques anciens le regardent remuer son popotin en regrettant de ne plus pouvoir le faire. Sa venue rappelle que, si la Soul est de nouveau plébiscitée (Charles Bradley, Aloe Blacc, Mayer Hawthorne et par ici Ben l’oncle qui saoûle ou mieux Sly Johnson), il en est l’un des grands frères incontestables. Multi-instrumentiste, il a enregistré son dernier album quasiment seul, et entouré d’un jazz band conséquent sur scène, il fournit une leçon de swing, de musicalité et de générosité.

création "Yéké Yéké"

On attendait beaucoup de la création autour de l’Afrique. On en est ressorti un peu déçu. Sur le papier, l’idée paraissait intéressante: des chansons françaises relues par des artistes africains et vice-versa. Problème: le projet penche trop vers la chanson française et pas seulement dans ce qu’elle a de meilleur. L’éclat de rire de Vieux Farka Touré, entamant le texte de la chanson « Comme un oiseau sans ailes » de Charlelie Couture, en a fourni un bon exemple. La choix du morceau « Aline » par Victor Démé n’était pas non plus probant. D’autres paris, osés,sont réussis: Mamady Keita reprend « Andy » des Rita Mitsouko, Victor Démé se rattrape sur le « Lady Lane » de Gainsbourg et le duo Piers Faccini / Vieux Farka Touré reprend, avec un minimalisme bienvenu, un chant traditionnel mandingue.

Mayra Andrande et Yaël Naïm - création "Yéké Yéké"

Une fois passée la parenthèse Aaron, tout à fait dispensable, la grande scène du festival reprend vie avec Philippe Katerine. Sur scène et sur disque, l’artiste belge continue à construire son grand dictionnaire de et par l’absurde. Dans le monde imaginaire de Katerine, on répète vingt fois la même chose (« Blablabla », « Philippe») et tout le monde se tutoie, de préférence en pyjama ou en costume de majorette. Guitare, basse, batterie, quatre majorettes vintage et un sacré final sur l’inévitable « Louxor j’adore ».

Philippe Katerine

Sinon, les salles du 22 accueillaient Nasser (qui remplaçait Conan Mockassin qui remplaçait Lykke-Li) et c’était bien.

PS: Les photos non créditées sont de moi. Copyleft tout ça tout ça. Bisous.

 

Printemps de Bourges: le Jeudi

Il est un peu plus d’une heure du matin. Un autochtone explique à qui veut l’entendre que le meilleur morceau du dernier album de Radiohead n’est pas sur le dernier album de Radiohead. Les deux salles jumelles du 22, qui accueillent ce soir la sélection hip-hop / électro des découvertes du printemps de Bourges, se désemplissent doucement. Parmi les signes qui ne trompent pas, il y a celui de la buvette: on trouve plus de monde devant les différents bars que dans les salles. Le dernier groupe tente de ranimer un enthousiasme chancelant. C’est le lot de ce genre de sélection: les groupes présentés laissent plus facilement percer l’ennui. Bilan des courses: peu d’instruments, beaucoup de machines, quelques bons moments et la prestation rafraîchissante de la formation hip-hop Milk, Coffee and Sugar . On y reviendra.

Milk, Coffee & Sugar

Chocolate Genius Inc fait partie de ces groupes dont on ne sait pas comment ils peuvent, sur scène, incarner leurs chansons et leur univers sans endormir l’assistance. Il est un peu plus de 17h ce Jeudi lorsque Mark Anthony Thompson, voix du groupe, arrive sur scène pour proposer une réponse. L’américain y croit sacrément et arrive, par petites injections de charisme et d’esprit distillées à intervalles quasi-réguliers, à nous amener à lui. Lui et ses quatre musiciens signent la bande-son d’un monde dans lequel on commence tous les matins par se séparer avant de se rabibocher au lit, le soir venu, en se disant qu’on s’aime. 45 minutes et puis s’en vont, la dure loi des festivals.

Mark Anthony Thompson

Un peu plus tard, les doigts du pianiste Baptiste Trotignon ont la lourde tâche de succéder à l’américain. Reprises à deux mains de classiques de la chanson française. Barbara, Gainsbourg, Brel… Et puis Christophe Miossec entre sur scène, un peu cabossé, canne en main pour soutenir une jambe défectueuse. Les deux composent ensemble et livrent quelques extraits de leurs expérimentations. Accords mineurs, voix éraillée, lumières sobres; c’est beau à s’en couper les veines avec de la laine de mouton.

Chocolate Genius Inc

Akhenaton et l’organisation du festival annonçaient l’évènement comme une prise de risque. Les plateaux rap ont la triste réputation d’attirer quelques agités du bocal et offrent des faits divers « prêt à consommer » aux médias. C’était le cas ici même, il y a deux ans, avec une soirée rap français où quelques encagoulés avaient réussi à dresser le majeur de Serge Tessot Gay en plein concert. Le festival prend le problème à contre-pied et propose une soiré rap français sur la plus grande scène du festival. De la place pour 8000 personnes et, proportionnellement, pour pas mal de poings dans la gueule.

Akhenaton et Faf la Rage

Dans la salle, cela semble être un succès: du monde (surtout des jeunes), des cris, des bras en l’air et des artistes qui prennent soin de rappeler qu’on est entre potes et que coups de poings, de pieds ou de lattes seraient malvenus. Akhenaton, chemise ouverte mais sans chaîne en or qui brille (on reconnaît bien là le style des bad boys de Marseille), rappelle aux plus jeunes que demain c’est loin. La fouine accompagné de son DJ, la belette, propose une relecture du veni, vidi, vici de César (« je suis venu, j’ai fourré, j’ai vaincu ») avant que Soprano et Sexion D’assaut ne complètent une dissertation finalement un peu indigeste.

La suite demain. Bisous.



Printemps de Bourges: c’est parti !

 

Rien ne va plus sur notre belle planète. Alors même que nous sommes, depuis quelques semaines déjà, passé à l’heure d’été et à des températures qui, d’habitude, habillent plutôt un mois de Juin; alors même que la sécheresse s’installe et que le muguet semble parti pour snober le 1er mai, voilà que Bourges nous annonce son printemps. Preuve que le dérèglement climatique ce n’est pas que pour les pingouins, l’appellation « Printemps de Bourges » est ridiculisée par un challenger, le climat, dont on aurait pu penser qu’il nous laisserait encore quelques semaines de répit.

Chapitre appellation, il convient d’ailleurs d’énoncer les choses clairement (le lecteur avisé prendra soin, pour rendre la lecture de ce paragraphe plus supportable, d’oublier les quelques préceptes hérités des luttes sociales de ces derniers mois). On ne dit plus « Printemps de Bourges » mais « Printemps de Bourges – Crédit Mutuel ». Seconde illustration que décidément tout se dérègle (et pas que pour les pingouins), une banque vole au secours d’une manifestation artistique et pallie au désinvestissement de collectivités publiques. Dans une subtile opération de reconquête marketing, le Crédit Mutuel appose son nom après celui d’un festival qui, pour le coup, apporte sur un plateau un sujet de discussion à ses détracteurs.

Heureusement, il y a des choses immuables à Bourges et qui, malgré tous les malheurs du monde, semblent vouées à perdurer. La musique a toujours sa place ici. Mieux, la programmation est réussie. Entre plateaux thématiques (reggae, hip-hop, rock d’agité), plateau de découvertes et présentation de créations originales; le festival semble parti pour viser juste. Du dub step 2.0 tendance crooner de James Blake aux déhanchements de Raphaël Saadiq; des compositions hantées de Timber Timbre aux crumbles électro de Ratatat ou Agoria, de la pop rétro vintage de Metronomy aux complaintes politico-enfumées de Tiken Jah Fakoly; il y en aura sûrement pour tout le monde et si l’on s’amuse à mesurer la qualité des divers plateaux; on devrait friser l’excellence pour au moins trois d’entre eux: la soirée à l’auditorium avec James Blake, Timber Timbre et Agnes Obel; la soirée avec Aloe Blacc, Raphaël Saadiq et Katerine sous le chapiteau du Phénix et la création autour de l’Afrique qui réunira une impressionnante brochette d’artistes (Mayra Andrade, Victor Demé, Mamani Keita, Vieux Farka Toure, Mory Kante, Cheikh Lo, Yael Naïm, David Donatien, Piers Faccini et quelques autres).

Suivent très près derrière la soirée de clotûre de la salle du 22 (avec Cascadeur, GaBlé, Best Coast et Anna Calvi) et le plateau folk-jazz de l’auditorium (avec Chocolate Genius Inc, Youn Sun Nah, le pianiste Baptiste Trotignon et Miossec).

Sinon, et ça commence à devenir une habitude, une grosse orgie s’annonce le samedi soir avec une soirée intitulée rock n’beat (sic) qui réunira hypeux du moment et agitateurs de dancefloor plus ou moins grand public (We are ENFANT TERRIBLE, The Toxic Avenger, Does it offend you yeah ?, Beat Torrent, Ratatat, Cassius, Paul Kalkbrenner, Agoria, The Bewitched Hands, Metronomy, The Do, The Subs et SebastiAn ).

Pour les quelques survivants, un chill-out reggae aura lieu le lendemain et devrait permettre de brûler dernières toxines et dernières cigarettes euphorisantes (Huecco, Gentleman, The Original Wailers, Alborosie, Tiken Jah Fakoly, Dub Inc., Jaqee, Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, Winston McAnuff & The Bazbaz Orchestra et Chinese Man).

Voilà, on en est pas encore là, aujourd’hui c’est Jeudi et le printemps de Bourges ça commence tout juste. La suite demain. Bisous.

Marsatac 2010

Délocalisé à la Friche de la Belle de Mai, le site a accueilli cette année 21 000 festivaliers, atteignant les 9 000 le samedi soir. Capacité maximale qu’offrait le site…

En premier lieu le site est agréable avec une décoration et ambiance très sympa! (Surtout les boules à facettes dans le couloir principal créant une ambiance psychédélique ou tout simplement disco.) En milieu de soirée le site devient moins vivable sur des fins de concerts, les mouvements de foule se ressentent. Le tunnel, seul abris du mistral est pris d’assaut, la scène seita certains s’y battent pour y entrer, d’autres pour en sortir.. Mais heureusement un bar est à côté!

Pour nos découvertes Iswhat et Misteur Valaire étaient au rendez-vous!

Coco & Curry, deux jeunes vraiment très prometteurs. Un bon show bien punchy, de l’énergie en veux tu en voilà !

The Qemists, une véritable décharge électrique. Le rap drum’n’bass très énervé contraste avec l’arrivée de la chanteuse Jenna G qui aura donnée au show une dimension beaucoup plus lyrique mais tout aussi puissante.

Beardyman, l’homme à la puissance vocale qui décoiffe ! des basses ? non lui même ! époustouflant !

Success toujours à son rendez vous avec le marsatac nous a offert un véritable show de sa personne. Défilé de mode, et mise en scène réussie! il a le public marseillais dans sa poche.

Une pluie de pneus sur une foule en folie durant le set de Mr. Oizo, en clin d’œil à son film « Rubber »

A noter que les basses furent un ingrédient manquant sur pas mal de concerts, comme Paral-lel ou The Japanese Pop Star qui en ont pâtis, pour un très bon show tout de même…

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Une déception pour le mot de la fin avec le set d’Erol Alkan qui fut arrêté suite à un problème…?

Un festival qui à encore beaucoup de surprises à nous réserver pour les année à venir et un bon potentiel!

Place aux photos:

(Avec sophie Hugon [Apash]*)

Réalisé avec Sophie Hugon [Apash]*